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Nouveau médicament pour le TDAH aux États-Unis : pourquoi si peu de molécules arrivent en France

Un flacon de médicament ambré posé seul sur le rebord d'une fenêtre, dans une lumière douce.

Dans une pharmacie de quartier, une mère de famille tend une ordonnance de Ritaline pour son fils de neuf ans. La réponse tombe, presque routinière depuis deux ans : « Rupture de stock, il faudra revenir voir avec votre médecin pour un équivalent. » Le même jour, à quelques milliers de kilomètres, la FDA américaine annonce l’approbation d’une molécule inédite contre le TDAH, présentée comme la première à agir simultanément sur trois neurotransmetteurs. Deux actualités qui n’ont l’air de rien en commun, sauf qu’elles racontent la même histoire vue de deux côtés opposés de l’Atlantique : d’un côté, un marché pharmaceutique qui multiplie les options ; de l’autre, des patients qui négocient chaque mois la disponibilité d’une seule molécule vieille de plus de soixante-dix ans.

Ce que change Simtriyo aux États-Unis

Fin juillet 2026, la FDA a approuvé Simtriyo, nom commercial de la centanafadine, développée par le laboratoire japonais Otsuka. Il s’agit du premier médicament de la classe des NDSRI (inhibiteur de la recapture de la noradrénaline, de la dopamine et de la sérotonine) validé pour le traitement du TDAH, chez l’adulte comme chez l’enfant à partir de 6 ans et 20 kilos.

La différence tient à ce troisième neurotransmetteur ciblé, et surtout à un mécanisme distinct : la centanafadine bloque la recapture de la dopamine, de la noradrénaline et de la sérotonine, sans provoquer leur libération comme le font les amphétamines. Ce fonctionnement plus proche de l’atomoxétine que de la Ritaline pourrait expliquer, selon les données disponibles, un potentiel d’abus plus faible — mais aussi une efficacité plus modeste sur les symptômes cœur du TDAH que les stimulants amphétaminiques. Une méta-analyse portant sur les essais adultes situe l’effet de la centanafadine à un niveau proche de celui de l’atomoxétine, nettement inférieur à celui des amphétamines. Le ciblage de la sérotonine reste à ce stade un axe de recherche prometteur sur l’humeur et l’anxiété associées au TDAH, plutôt qu’un bénéfice inscrit dans l’autorisation de mise sur le marché : le résumé des caractéristiques du produit mentionne au contraire, pour cette même raison pharmacologique, un risque de syndrome sérotoninergique à surveiller.

Les résultats des quatre essais de phase 3 ayant conduit à l’approbation montrent une amélioration statistiquement significative des symptômes dès la première semaine de traitement chez l’adulte, mesurée sur l’échelle AISRS et maintenue sur six semaines. Chez l’enfant et l’adolescent, l’amélioration est mesurée sur une échelle différente (ADHD-RS-5) et n’est donc pas directement comparable aux résultats adultes. Les effets indésirables les plus fréquemment rapportés varient selon l’âge : éruption cutanée et perte d’appétit chez l’enfant de 6 à 12 ans ; perte d’appétit, nausées, éruption cutanée, maux de tête et douleurs abdominales chez l’adolescent ; maux de tête, perte d’appétit, insomnie, nausées, bouche sèche et diarrhée chez l’adulte. Comme pour les autres psychostimulants, un avertissement encadré signale le risque de pensées suicidaires chez l’enfant et le potentiel d’abus.

« L’approbation de Simtriyo introduit un mécanisme d’action inédit et élargit l’éventail d’options à la disposition des professionnels de santé et des patients […] Avoir davantage de choix thérapeutiques compte, parce que le TDAH est une condition très individuelle. » — Dr Lenard A. Adler, directeur du programme TDAH adulte de NYU Langone Health, cité dans le communiqué d’Otsuka.

Sa commercialisation effective aux États-Unis n’interviendra que plus tard dans l’année, le temps d’obtenir la classification de la DEA — la centanafadine restant, malgré son profil différent, classée parmi les stimulants du système nerveux central.

Le paradoxe français : une seule molécule pendant des décennies

Pendant que les États-Unis ajoutent une nouvelle classe thérapeutique à un arsenal qui comptait déjà plusieurs formulations de stimulants à longue durée d’action et deux non-stimulants récents, la France reste sur un choix très restreint. Jusqu’à l’automne 2025, le méthylphénidate — commercialisé sous les noms Ritaline, Concerta, Quasym ou Medikinet — était le seul psychostimulant autorisé dans le pays pour traiter le TDAH. Une molécule pourtant ancienne : synthétisée en 1944 par le chimiste suisse Leandro Panizzon chez Ciba, elle est commercialisée sous le nom de Ritaline depuis 1954.

La lisdexamfétamine (Xurta), commercialisée en France depuis septembre 2025 après une autorisation obtenue en janvier de la même année, constitue la première vraie alternative depuis des décennies — ses dérivés amphétaminiques sont utilisés en médecine depuis les années 1930, mais cette molécule précise n’était disponible ailleurs dans le monde que depuis le début des années 2010. Son intérêt clinique n’est pas anecdotique : selon les données rapportées, un tiers des patients sous méthylphénidate ne répondraient pas de façon satisfaisante à cette molécule, ce qui laissait jusqu’ici peu de marge de manœuvre thérapeutique. Sa prise quotidienne unique, à effet prolongé sur la journée, contraste avec les prises multiples souvent nécessaires avec le méthylphénidate à libération immédiate.

Reste que la lisdexamfétamine n’est, en pratique, toujours pas remboursée : la Commission de la transparence de la Haute Autorité de santé a certes rendu, le 8 octobre 2025, un avis favorable à un remboursement à 30 % (le niveau de service médical rendu le plus bas), mais l’inscription effective sur la liste des médicaments remboursables — qui doit encore faire l’objet d’un arrêté — reste en attente. Une pétition a même été déposée à l’Assemblée nationale pour réclamer cette inscription. En attendant, le médicament reste à la charge entière du patient, entre 50 et 150 euros par mois selon le dosage.

Une molécule approuvée par la FDA ne devient pas automatiquement disponible en France : autorisation européenne, évaluation de la Haute Autorité de santé et arrêté d'inscription au remboursement s'ajoutent, sur un délai qui se compte le plus souvent en années.

Pourquoi la France reste-t-elle à la traîne

Plusieurs facteurs structurels expliquent cet écart. La réglementation française a longtemps traité les amphétamines et molécules apparentées avec une prudence particulière, par crainte de mésusage et de dépendance — une prudence qui explique en partie pourquoi la lisdexamfétamine, autorisée bien plus tôt dans d’autres pays, n’est arrivée en France qu’en 2025. Le marché français du TDAH, plus petit et plus encadré (prescription initiale réservée aux spécialistes, renouvellement annuel obligatoire), offre par ailleurs aux laboratoires un retour sur investissement moins immédiat que le marché américain, ce qui ne les incite pas à prioriser les dépôts de dossiers d’autorisation dans l’Hexagone.

À ce manque chronique d’options s’ajoute, depuis 2022, une pénurie mondiale de médicaments à base de méthylphénidate, liée à l’explosion du nombre de diagnostics sans augmentation équivalente des capacités de production. En France, cette tension a régulièrement touché des spécialités comme Ritaline LP ou certains génériques, obligeant l’ANSM à autoriser les pharmaciens à substituer, sans nouvelle ordonnance, vers une présentation disponible comme Medikinet. Une contrainte concrète pour les quelque 5,9 % de mineurs et 2,8 % d’adultes concernés par le TDAH en France, qui doivent parfois changer de molécule au gré des stocks plutôt que par choix thérapeutique.

Ce que cela change concrètement, en attendant

Pour les personnes concernées en France aujourd’hui, l’arrivée de la centanafadine outre-Atlantique ne change rien dans l’immédiat : ni date d’autorisation européenne annoncée, ni certitude qu’elle sera un jour commercialisée ici. L’essentiel reste, comme aujourd’hui, de composer avec les options disponibles — méthylphénidate, lisdexamfétamine depuis peu, atomoxétine en non-stimulant — et avec leurs aléas d’approvisionnement, en lien avec le médecin prescripteur plutôt qu’en interrompant un traitement de sa propre initiative en cas de rupture.

Le traitement médicamenteux, quand il est adapté, agit sur la disponibilité de l’attention et la régulation de l’impulsivité ; il ne résout pas à lui seul la difficulté très concrète de démarrer une tâche administrative ou de tenir un rituel du quotidien. C’est sur cette partie complémentaire, non médicamenteuse, que l’application Hindigo intervient : décomposer une tâche qui bloque en un premier geste suffisamment petit pour ne pas se heurter au seuil d’amorçage, que ce seuil soit ou non atténué par un traitement.

Sources

Hindigo

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que Simtriyo, le nouveau médicament contre le TDAH approuvé aux États-Unis ?

Simtriyo est le nom commercial de la centanafadine, une molécule développée par le laboratoire Otsuka et approuvée par la FDA fin juillet 2026 pour traiter le TDAH chez l'adulte et l'enfant à partir de 6 ans. Elle agit comme inhibiteur de la recapture de trois neurotransmetteurs à la fois — dopamine, noradrénaline et sérotonine — alors que les traitements existants n'en ciblent généralement que deux.

Simtriyo (centanafadine) sera-t-il disponible en France ?

Aucune date n'est annoncée. Une molécule approuvée par la FDA doit encore obtenir une autorisation de mise sur le marché européenne, puis une évaluation de la Haute Autorité de santé et une décision de remboursement avant d'être prescriptible en France. Ce parcours prend en général plusieurs années, quand il aboutit.

Pourquoi y a-t-il si peu de médicaments contre le TDAH disponibles en France ?

Le méthylphénidate est resté longtemps le seul psychostimulant autorisé en France, la réglementation française ayant historiquement limité l'accès aux amphétamines et à leurs dérivés par crainte de mésusage. La lisdexamfétamine, commercialisée depuis septembre 2025, est la première alternative arrivée depuis des décennies. Le marché français, plus restreint et plus encadré que le marché américain, incite aussi moins les laboratoires à y déposer de nouvelles molécules en priorité.

Quelles sont les alternatives au méthylphénidate disponibles en France aujourd'hui ?

En pratique, les options restent peu nombreuses : le méthylphénidate (Ritaline, Concerta, Quasym, Medikinet et génériques), la lisdexamfétamine (Xurta) depuis septembre 2025, et l'atomoxétine, un non-stimulant prescrit en seconde intention. Aucune de ces molécules ne cible la sérotonine comme le fait la centanafadine.

Que faire en cas de pénurie de Ritaline ou de méthylphénidate en France ?

L'ANSM autorise les pharmaciens à substituer certaines spécialités en tension (comme Ritaline LP) par une autre présentation disponible, par exemple Medikinet, sans nouvelle ordonnance. Il est recommandé de ne jamais interrompre un traitement sans avis médical et de signaler toute difficulté d'approvisionnement au prescripteur ou au pharmacien plutôt que d'arrêter brutalement la prise.